Économie

Comment le Grand Chalon a réussi le pari de la réindustrialisation ?

Jeudi 9 novembre 2023, le Grand Chalon est labellisé « Territoire d’industrie » par l’Etat. Reconnu comme étant un territoire de reconquête industrielle pour la France, l’agglomération chalonnaise réaffirme sa position de 1er Pôle industriel entre Paris et Lyon. Entretien avec Sébastien Martin, Président du Grand Chalon, pour comprendre la stratégie de développement économique qui a permis au Grand Chalon de relever le défi de la réindustrialisation.

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  • Quels sont les signes qui montrent que le Grand Chalon a réussi le pari de la réindustrialisation ?

De grandes entreprises industrielles s’implantent dans le Grand Chalon. Elles construisent des usines, embauchent des cadres, des techniciens et de la main d’œuvre qualifiée, elles forment des jeunes… Elles investissent ici des millions d’euros pour se développer. Je ne crois pas qu’elles prendraient autant de risques si elles n’étaient pas certaines de la réussite de leurs business.

  • 1er

    Pôle Industriel entre Paris et Lyon

  • 714

    Établissements à vocation industrielle

  • 25%

    Des emplois du Grand Chalon sont dans l’industrie

  • 2000

    Emplois créés dans l’industrie d’ici à 2029

  • Comment expliquez-vous que les industries choisissent le Grand Chalon pour s’implanter ?

Il y a plusieurs raisons en réalité. Mais la première est la position géostratégique de l’agglomération. 50 % des flux européens transitent par Chalon-sur-Saône. À la croisée des autoroutes A6, A31, A36, A39, A40 et de la RCEA, le territoire est doté d’un réseau routier dense. Le Grand Chalon, c’est aussi un réseau ferroviaire, un réseau fluvial et un aéroport. Au départ du Grand Chalon, tous les chemins mènent en France et en Europe !

  • C’est d’ailleurs pour cette raison que le plus ancien bâtiment industriel de Saône-et-Loire s’est construit à Chalon-sur-Saône en 1823 !

Oui. C’est vrai. Dès le XIXè siècle, l’histoire économique du Grand Chalon est liée à l’industrie. A l’époque, sur le quai des Messageries à Chalon-sur-Saône, le moulin à vapeur servait à moudre le grain de toute la région. Il a connu des temps prospères et des crises. Aujourd’hui, comme un symbole, il retrouve de sa superbe grâce à l’industrie. Réhabilité en 2022, ce bâtiment du XIXè siècle accueille l’Usinerie, le pôle régional dédié à la transition digitale des entreprises industrielles. L’industrie dans le Grand Chalon, c’est une grande belle et longue histoire. Elle continue de s’écrire !

  • Une autre industrie a marqué le territoire : Kodak. Qu’est-ce qu’il en reste aujourd’hui ?

Des souvenirs sans doute car bon nombre de Grands Chalonnais y ont travaillé ! Mais, aujourd’hui, la page est bien tournée. Forte de 500 hectares, la zone SaôneOr est le premier parc industriel entre Paris et Lyon. Elle accueille 360 entreprises et 6450 personnes y travaillent. Il ne reste que 10 hectares de foncier disponibles sur les 80 ha viabilisés de l’ancienne réserve foncière Kodak et une friche en réhabilitation – Nordéon – avec 6.6 ha qui sera disponible pour de l’implantation industrielle début 2025. Le Grand Chalon a même réussi à obtenir auprès de l’Etat l’ouverture d’un demi-diffuseur supplémentaire sur l’autoroute pour faciliter l’accès à la zone. Que dire de plus ?

  • Et le Grand Chalon ouvre un nouveau chapitre en réhabilitant la friche industrielle Nordeon-Marvell Glass ?

Exactement. Un an de travaux seront nécessaires pour réhabiliter les 7 hectares de foncier idéalement situés à l’entrée de SaôneOr. Les travaux ont commencé : 7 millions d’€ seront investis pour démanteler totalement le site. L’Ademe, la Région Bourgogne-Franche-Comté et la Banque des territoires suivent et financent le projet à hauteur de 3,5 millions. D’ici 2025, le site sera prêt à accueillir une nouvelle entreprise : nous prospectons dores et déjà auprès des investisseurs.

  • Comment faites-vous pour trouver et séduire l’entreprise qui acceptera de venir dans le Grand Chalon ?

Il faut d’abord bien connaître le réseau : savoir qui cherche, savoir qui trouve, être à l’écoute du besoin des industriels. Mais surtout il faut être prêt à accueillir ! Dans le Grand Chalon, ce qui fait la différence par rapport à d’autres territoires, c’est que nous proposons aux investisseurs de l’accompagnement personnalisé et des terrains « prêts à construire ». Dès le premier contact, les agents de la Direction développement économique sont à pied d’œuvre pour simplifier au maximum les démarches administratives des entreprises. Ils vont même jusqu’à demander des aides financières auprès des partenaires économiques du Grand Chalon (Europe, Etat, Région).

  • Et vous leur dites que nous sommes dans une belle région ?

Indéniablement, la gastronomie et le vin sont des atouts majeurs ! Mais, le Grand Chalon a bien d’autres qualités. Il est situé à 1h30 de Paris en TGV et à 1h30 de Lyon en voiture. Il offre aussi des places en crèches, des facilités pour se loger, un environnement préservé, des saisons culturelles de très bonne qualité, des compétitions sportives de haut niveau… On leur parle aussi de notre service de conciergerie qui accompagne les nouveaux arrivants dans leur recherche de logement, la scolarité des enfants… Les chefs d’entreprises sont sensibles à tous ces atouts. Il est plus facile d’attirer de jeunes salariés dans un territoire accueillant et où il fait bon vivre.

  • Que faites-vous pour les entreprises déjà installées sur le territoire ?

Comme pour les entreprises qui s’installent : nous sommes à l’écoute de leurs besoins et nous nous efforçons de trouver des solutions à leurs problématiques. Si une entreprise veut s’agrandir ou déménager sur le territoire, nous allons l’aider dans ses démarches. Si une entreprise recherche un sous-traitant, un client ou un fournisseur dans un domaine, il peut contacter la Direction développement économique du Grand Chalon qui pourra la mettre en relation avec une autre entreprise du territoire. Le Grand Chalon organise également de grandes rencontres pour mettre en relation les chefs d’entreprises du territoire pour qu’ils puissent mieux se connaître, développer des liens et travailler ensemble.

  • Le Salon de l’emploi du Grand Chalon fait partie de ces rendez-vous attendus par les entreprises ?

Le Salon de l’emploi a été créé pour répondre aux besoins des entreprises du territoire qui avaient du mal à recruter. Le but était de leur offrir un lieu pour diffuser leurs offres d’emplois. Mais le fait est qu’ils en profitent largement pour discuter entre eux et c’est une bonne chose ! A la dernière édition du Salon de l’emploi en octobre 2023, 173 entreprises du territoire ont répondu présentes. Une participation qui prouve l’intérêt qu’ils trouvent à l’évènement.

  • De la même façon, est-ce que Viva Factory a permis de créer du lien entre les industries ?

Viva Factory est allé encore plus loin dans la mise en relation jeunes-entreprises. Ce village industriel éphémère a permis de rassembler l’ensemble des acteurs de la filière industrielle, de la formation au monde l’entreprise en passant par l’enseignement supérieur. Ils avaient pour seule ambition d’expliquer aux jeunes les atouts des métiers de l’industrie. Alors oui ! Ils ont créé des liens et peut-être vont-ils davantage travailler ensemble.

  • Est-ce important de mettre en relation le monde de l’entreprise et le monde de l’enseignement ?

C’est l’éducation nationale, les établissements d’enseignement supérieur et les organismes de formation qui forment les jeunes salariés de demain. Si les formations proposées ne correspondent pas aux besoins des entreprises, les postes à pourvoir ne seront jamais pourvus. Les entreprises vont se retrouver en difficulté, à la fois parce qu’elles n’arrivent pas à recruter mais aussi parce qu’elles ont besoin d’innover ! Il est donc important que ces deux mondes – entreprises et formations – travaillent ensemble. Il est nécessaire que les entreprises expliquent leur univers et leurs enjeux pour que les formations qui s’ouvrent y soient adaptées. Vice-versa, les collèges, lycées mais aussi les formations post-bac peuvent ouvrir leurs portes au monde industriel pour faire découvrir et donner envie. En mettant en lien les entreprises et les chefs d’établissements, le Grand Chalon ne résout pas tout mais favorise les échanges et c’est une des clefs les plus importantes.

  • Pour conclure, selon vous, qu’est-ce que qui a permis au Grand Chalon de réussir le pari de la réindustrialisation ?

Le collectif, l’envie partagée par les acteurs du développement économique et bien au-delà de faire avancer le territoire. L’innovation et la persévérance pour trouver des solutions aux problématiques que nous avons rencontrées. J’ai l’habitude dire que le Grand Chalon est un activateur d’énergies. Nous avons créé les conditions pour réussir et chaque acteur, entreprise, collectivité, établissement d’enseignement supérieur, a joué son rôle et posé sa pierre à l’édifice. Aujourd’hui, ce sont les habitants du territoire qui rejoignent la dynamique en étant des ambassadeurs fiers de notre industrie locale. Avec la phase 2 de Territoire d’industrie, nous avons l’opportunité d’impulser et de faire émerger de nouvelles idées pour poursuivre, de manière plus pertinente encore, notre stratégie de réindustrialisation. Ne nous en privons pas !

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