Culture

Dans les coulisses du Festival Chefs Op’ en Lumière 

Le Festival Chefs Op’ en Lumière, rendez-vous cinématographique incontournable de Chalon-sur-Saône débute cette semaine. À cette occasion, nous avons rencontré Janick Leconte, président du festival, pour découvrir ce festival unique en France ainsi que les nouveautés de l’édition à venir.

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Fondé en 2019, le Festival Chefs Op’ en Lumière met chaque année à l’honneur l’un des métiers méconnus du grand public mais essentiel au monde du cinéma : les directeurs de la photographie, aussi connus sous le nom de chefs opérateurs. 

Depuis 8 ans maintenant, ce festival sans équivalent en France a su mettre en lumière sa singularité dans le paysage cinématographique français. Fort de ce succès, les organisateurs de Chefs Op’ ont décidé de rallonger la durée du festival 2026 de 7 à 9 jours pour notre plus grand plaisir.

Une édition 2026 sous le signe des nouveautés

Qui dit plus de temps dit évidement la projection d’un plus grand nombre de films :  64 contre 48 en 2025. A noter ce qui fait la spécificité du festival : les avant-premières. Elles seront cette année au nombre de 34, avec en ouverture le film britannique « I wear » de Kirk Jones (Image : James Blann), et en clôture, la projection de « The New West » de Kate Beecroft (Image : Austin Shelton).

Entre ces deux temps forts, le festival proposera également des conférences, des rencontres, des master-class, des leçons de cinéma, des expositions, un ciné-concert, des workshops et, pour la première fois cette année une compétition de courts métrages qui mettra en lumière les chefs opératrices émergentes. Sur 124 courts-métrages reçus, 11 ont été sélectionnés pour tenter de gagner le prix remis par un jury de professionnels du cinéma.

Alexandre Astier devrait faire son retour à l’occasion de l’édition 2026.

A noter également la participation des musiciens du Conservatoire du Grand Chalon (Olivier Py, Anaïs Moreau et Christophe Girard) qui joueront en direct sur la scène de l’Espace des Arts le 28 février 2026, les musiques du film “Au bonheur des dames“, dernier film muet réalisé par Julien Duvivier.

La billetterie du Festival Chefs Op’ en Lumière ouvrira à partir du 10 février 2026 au Mégarama et à l’Espace des Arts.

Programme complet à venir sur www.festivalchefsop.fr

L’édition 2026 s’annonce donc prometteuse. Mais comment le festival est-il né et comment a-t-il su rencontrer un tel succès ?

Aux origines du festival Chefs Op’ en Lumière

Le cinéma comme passion

Pour Janick Leconte, ancien retraité de l’éducation national, le cinéma a toujours été une passion. C’est cet amour du 7e art et l’envie fervente de promouvoir la culture auprès du grand public, qui l’ont conduit tout naturellement à fonder, il y a sept ans, le Festival Chefs Op’ en Lumière avec l’association La Bobine. Le succès fut au rendez-vous et un an plus tard, il créera sa propre association, entouré d’un petit groupe d’amis et de bénévoles motivés. 

Mon idée a toujours été de fédérer plein de gens différents et plein de structures différentes.

En 2019, quand j’ai voulu fonder le festival, mon idée de départ était de mettre en place un festival qui s’occupait des métiers de l’ombre du cinéma : les décorateurs, les scénaristes, etc. Et puis je suis allé à Paris et les premiers que j’ai rencontrés ont été les chefs opérateurs de l’AFC (Association Française des directrices et directeurs de la photographie Cinématographique).

Ils étaient super contents et ils se souvenaient de Chalon-sur-Saône parce que dans les années 1985-1990 il y avait un grand festival de l’image qui avait déjà lieu à la maison de la culture. Ils connaissaient aussi Chalon-sur-Saône car certains d’entre eux venaient étalonner leurs films à l’usine Kodak.

Kodak : quand Chalon fixait l’histoire du cinéma

Si Kodak a fermé depuis bien longtemps, les anciens studios accueillent aujourd’hui la société audiovisuelle Constance Production. Son directeur, Christophe Henry, avait d’ailleurs découvert il y a quelque temps dans les archives de cette célèbre entreprise de la photographie, des boîtes de pellicules datant des années 80-90, dont ceux des Dents de la Mer, de Steven Spielberg. “Peut-être que Steven Spielberg est venu lui-même à Chalon-sur-Saône dans les années 80 pour faire étalonner son film”, s’en amuse Janick. 

Le Grand Chalon dans le “Couloir de l’image”

Car il est vrai que le territoire est bien connu des professionnels du cinéma anglais et américains. Chalon-sur-Saône fait partie de ce qu’on appelle “le couloir de l’image” : une zone qui s’étend de Dijon à Lyon et qui a connu quatre des plus grandes innovations cinématographiques. Il y eut l’invention de la photographie par Nicéphore Niépce à Chalon-sur-Saône, la chronophotographie par Étienne-Jules Marey à Beaune, le cinéma des Frères Lumière en 1895 à Lyon, et enfin le zoom à compensation optique par Roger Cuvillier à Dijon. 

C’est dans ce terreau fertile qu’est né et grandit le Festival Chefs Op’ en Lumière.

Chalon-sur-Saône, nouvelle référence du festival de cinéma ?

Le seul festival français dédié aux chefs opérateurs

Parmi les deux cents festivals de cinéma présents en France, le Festival Chefs Op’ en Lumière est le seul qui met en avant le travail effectué par les chefs opérateurs. À l’échelle de l’Europe, il rivalise avec seulement deux autres festivals : Camerimage en Pologne, qui a fêté ses trente ans l’année dernière, et le Festival international du film des frères Manaki en Macédoine.  

Pourtant, ces professionnels de la photographie sont essentiels à la réalisation d’un film, comme l’explique Janick : “Les chefs opérateurs sont les principaux collaborateurs des réalisateurs. Ce sont eux qui vont mettre en avant les intentions du film, et mettre en images le récit. Le réalisateur a un scénario et des inspirations au niveau de l’image, il veut que le film ait telle tonalité, que l’ambiance soit inspirée de telles photos ou peintures, etc. Ils sont également présents à toutes les étapes du film : le repérage des lieux, le tournage et en post-production pour superviser l’étalonnage.” 

Il était un petit festival devenu grand

Et le pari fou de Janick Leconte de mettre en lumière ces petites mains du cinéma fonctionne.

Au fil des éditions, le festival n’a cessé de gagner en notoriété pour s’imposer comme un rendez-vous incontournable des professionnels du cinéma et des chefs opérateurs du monde entier. De six chefs opérateurs présents lors de la première édition, le festival est passé à une vingtaine de spécialistes qui partagent au grand public et aux jeunes professionnels leurs savoirs à travers des ateliers et des conférences.  

Le festival a bascule dans une nouvelle dimension et attire de grandes sociétés liées au monde du cinéma comme Leitz, Nikon, Sony et le CNC. Les distributeurs sont enthousiastes pour présenter leurs films dans le cadre de l’événement, tandis que les bénévoles de l’association sont de plus en plus sollicités.

Quant au public : “En 2025 on a fait 14 000 entrées soit une augmentation de 27 % par rapport à 2024”, se félicite Janick, avant d’ajouter “ avant d’ajouter “et j’espère que cette année on fera aussi bien !” 

Une reconnaissance méritée pour ce festival unique, qui contribue au rayonnement du territoire bien au-delà de ses frontières.

La préparation du festival : un travail de longue haleine 

Dès le mois d’août, toute l’équipe du festival se lance dans l’élaboration de la programmation de l’édition de l’année suivante. Pour ce faire, les bénévoles assistent à plusieurs des plus célèbres festivals de cinéma, Cannes, la Berlinale ou encore la Mostra de Venise, à la rencontre des distributeurs pour les convaincre de diffuser leurs films dans le cadre du festival Chefs Op’ en Lumière.

Article publié le 4 mars 2024 – Mis à jour le 9 janvier 2026

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